De l’enfouissement psychique à la scène d’amarrage
Par Colette Pitici (2006), Texte inédit.
De mon expérience en psychiatrie, j’ai le souvenir de ces inquiétudes qui envahissaient le service de soins lorsque arrivait « son tour » de recevoir les SDF. On savait qu’il fallait les récurer, les supporter avec leurs marottes, puis accepter de les voir repartir jusqu’à la prochaine fois, sans qu’aucun soin psychique n’ait été véritablement envisagé ni possible.
De mes débuts de psychologue, je garde une perception d’énigme via une vacation hebdomadaire dans un lieu d’accueil pour précaires: Etrange, pour moi qui connaissais la psychose, de n’y croiser que rarement de délires francs ; inconfortable, de ne rien avoir à proposer aux sujets, qui d’ailleurs ne me demandaient rien ; révoltant, de comprendre qu’il leur fallait dormir dehors, la plupart du temps sans projet ; épuisant, de voir qu’ils se débrouillaient de toutes façons pour mettre celui-ci en échec lorsqu’il existait.
C’est surtout la rencontre avec Arnaud, au début de mon intervention dans cette structure, qui a déclenché mon désir de comprendre. Parce qu’il n’était pas un SDF « ordinaire », mais que sa trajectoire ressemblait pourtant à une errance. Le DEA s’est imposé pour tenter de sortir de l’impasse théorique, et aussi pour trouver des pistes cliniques. Sa présentation en 2000 m’a permis de penser que quelque chose de neuf se profilait à propos de la psychopathologie de ces sujets. Toutefois, je n’étais pas assez audacieuse pour formuler cette intuition comme une hypothèse.
Espace public, Espace psychique : La visibilité des sujets SDF en question
Par Colette Pitici, Psychologue clinicien. Docteur en psychologie clinique.
et Franck Mathieu, Psychologue clinicien. Docteur en psychologie clinique.
Communication présentée au colloque international Espace public et Sans domicile fixe. La recherche s'expose. Université Jean Monnet, Saint-Etienne.
Résumé : La problématique de l’exclusion et des sujets sans domicile fixe n’est pas seulement l’apanage des sciences sociales. Au contraire, l’analyse montre une imbrication fine de la réalité sociale et de la réalité psychique. C’est un entrelacs profond, relevant sans aucun doute des liens d’appartenance mais aussi peut-être de l’image du corps. La rue, et plus générale l’espace public et même privé, est l’occasion d’une mise en scène de cette imbrication société / psyché. La sphère publique est un espace de rencontre intersubjectif mais c’est aussi un espace qui confronte à des codes, à des normes, à des usages. Or, « l’exposition » des sujets sans domicile fixe « troue » la quotidienneté des rapports par le partage « forcé » de la réalité de l’exclusion. L'exposition par ces sujets d'une part de leur intimité sur la scène sociale est une composante majeure de leur fonctionnement psychique : la visibilité des sujets SDF, le « don forcé » de soi dans l’espace public, se comprend comme une recherche d'échoïsation par l'environnement et comme tentative de dépassement du sentiment d'anomie d'appartenance. L’exposition, la visibilité des sujets SDF et le partage de l’espace public sont des composantes essentielles de la problématique de « l’errance ». Par une présentation de leur pratique alliant travail avec le Samu Social et entretiens à visée thérapeutique, les auteurs offriront une lecture « psychodynamique » de la question de la visibilité des sujets SDF et de ses rapports avec la réalité psychique.
L'attente muette de Lisa : Présymboliser l'en-deça du dicible
Par Colette Pitici, Psychologue clinicienne, Psychanalyste, Docteur en psychologie, thèse et exercice professionnel en rapport avec l'errance et la grande précarité, piticicolette@orange.fr.
Texte prononcé en 2010, lors du colloque Care et soins psychiques, Journée d’étude organisée par L’ONSMP-ORSPERE, Université Lyon 1
Résumé : La communication portera sur la question du « care », en chantier du côté de l’intervention du psychologue. Je m’interrogerai sur le destin de ce concept dans le champ expérientiel de la psychologie clinique. Je tâcherai d’indiquer pourquoi, à mon sens, le psy doit se rendre disponible à un niveau relationnel présymbolique, voire archaïque. À travers la situation de Lisa, paradigmatique du « care » dans la clinique des précaires, je déroulerai quelques étapes essentielles qui ont mis en lumière cette notion de prendre soin en psychothérapie.
Thèse : L'errance psychique des sujets SDF
Le site du Collectif autour de l'errance met à disposition la thèse de doctorat en psychologie clinique de Franck Mathieu, psychologue clinicien et docteur en psychologie clinique. Ce document est disponible au format PDF, en un seul volume, ou en trois tomes.
Cliquez sur les liens pour démarrer le téléchargement.
ou
Franck Mathieu - L'errance psychique des sujets SDF - Tome 1 - Revue de la question
Franck Mathieu - L'errance psychique des sujets SDF - Tome 2 - Clinique
Franck Mathieu - L'errance psychique des sujets SDF - Tome 3 - Modélisation
Aller-vers les sujets SDF, une perspective clinique
Par Franck Mathieu, Psychologue clinicien, Doctorant Université Lyon II, franck.pf.mathieu@gmail.com.
Texte prononcé en Février 2011, au colloque Trouvons-Créons nos pratiques cliniques, Université Lumière Lyon II.
Résumé : La plus grande partie du travail d’accompagnement des sujets sans domicile fixe consiste à créer un lien suffisamment solide, durable. En effet, la dynamique relationnelle de ces sujets SDF s’est désorganisée en réaction à un vide central dans la personnalité résultant des failles du lien primaire, elles-mêmes réactualisées par la violence de la scène sociale. Le lien d’accompagnement doit alors prendre garde à ne pas exercer une violence supplémentaire. La démarche dite de « l’aller-vers » auprès de ces sujets sans demande passe alors en grande partie par un « accordage affectif mutuel », mais aussi par un « bricolage » continu du cadre du clinicien. Il s’agit ainsi de rencontrer les sujets dans la rue, sur le trottoir, en acceptant une légère ivresse : autant de conditions absolument nécessaires si l’on veut que la rencontre soit possible.





